Bienvenue

sur BX 2023

Bienvenue à New York ! En cette nouvelle année 2024, le nom de Nova est sur toutes les lèvres - gangs, police, presse… À vous qui vous lancez sur sa piste, voici un conseil : rebroussez chemin, sans quoi le Serial Mind pourrait bien remodeler votre esprit à sa guise - et qui sait alors ce que vous deviendriez entre ses mains ?


Prédéfinis



Rumeurs RP


BREAKING NEWS

Qui est Lei Lightbird ? Ce nom est désormais cité comme étant celui de la cible privilégiée de Nova. Certains ravisseurs prévoient déjà de passer à l’action et d’utiliser Lei comme appât ou moyen de pression sur Nova. Pour l’heure, nul ne sait ce qui relie ces deux personnes ; cela relève même de la gageure d’affirmer qu’elles aient un lien quelconque. Mais beaucoup sont sûrs d’une chose : Nova connaît et veut obtenir Lei à tout prix.


Les coups bas dans l’ombre semblaient avoir cessé, mais non… Des sans-abris et des badauds continuent d’avertir la police et la presse que des chasses à l’homme troublent leur quiétude. Soyez vigilants, car vous ne savez pas quand, où et comment votre vie vous sera ôtée et dans quelles sinistres circonstances.


C'est le désordre chez les Dragons. Leur siège a été la cible d'un attentat à la bombe et plusieurs signalements sont lancés pour cause de disparitions inexpliquées. Où sont passés les dénommés Hsin Da Kang et T'Ien-Khuan Gu ? Il semblerait qu'un chaos indicible se soit mis en place depuis l'explosion. La réaction ne se fait pas attendre : Qiao Tao va bientôt se révéler et présider une réunion extraordinaire de tous les Dragons de New York. Qui voudrait en apprendre plus sur le chemin qu'emprunteront les Triades ?


Adopteunmembre.com

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- Eugène Melbourne -
Plus qu'une petite barrique de muscles. C'est un ours qui a le coeur sur la main. Mais si vous avez le malheur de figurer dans sa liste de suspect à effacer de la circulation, il ne vaut mieux pas avoir affaire à lui. A la fois boucher et nettoyeur, c'est lui qu'on appelle pour faire le ménage des gangs de la ville. "Les cochons, il n'y a rien de mieux pour faire disparaitre un corps..."

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- Jibae D. GravesS -
Wolf alors que Jibae est un NYPD spécialisé dans l'infiltration, il semblerait que son coeur trouve dans jour en jour sa place parmi les anarchistes loup. Après avoir perdu sa femme et sa fille au sein d'un assssinat douteux, il se réfugie aussi dans l'alcool, qui n'a jamais manqué de le faire remarquer.

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Chaque fleur qui tombe... Feat. Zetsu Himura [En cours]

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Date d'inscription : 03/07/2017

Feuille de personnage
Âge: 20 ans
Métier: Esclave/prostitué
Nationalité(s): Américaine d'origine japonaise
Lun 3 Juil - 2:08
Zetsu HIMURA

Âge : 20 ans.
Métier : Esclave des dragons
Nationalité et/ou origines : Américaine d'origine japonaise.
Situation conjugale : Célibataire.
Situation familiale : Il considère sa famille comme inexistante bien que son frère ainé et sa mère soient encore vivants.
Situation financière : Sans le sous.
Groupe : Dragon
Rang dans le groupe : Prostitué.

Avatar : Okita Souji de Hakuouki Shinsengumi Kitan
Taille : 1,64m
Corpulence : Fine.
Cheveux : Très long pour les stéréotypes américains typiques concernant les hommes. Il peut facilement former une queue de cheval haute avec sa chevelure de couleur noisette.
Yeux : Un vert foncé et un bleu.
Signe(s) distinctif(s) : Une large scarification couvrant tout son dos et une partie de sa hanche tels un tatouage (il s'agit d'un serpent montrant les crocs et entouré de fleur), une marque (celle des dragons) faite au fer rouge sur l'arrière de sa nuque, un implant oculaire du côté gauche (il est bleu), une longue cicatrice sur le flanc gauche (résultat d'une ablation de rein), plusieurs marques d'injections aux fosses cubitales et un bracelet tressé d'un motif rouge et blanc agrémenté d'un grelot.

Cynique Dégourdie Minutieux Patient Obstiné Social

Procrastinateur Indécis Provocateur Joueur Franc Intuitif


Histoire (Partie 1)


Ma famille… J’en ai déjà eu une comme tous, mais elle n’est plus depuis de nombreuses années. Désormais, il n’y a plus que moi. Je suis à la fois mon père, ma mère, mon frère et moi-même. Ce que je ne suis pas c’est le maître de ma vie. Je suis cette personne que vous venez voir quand vous avez besoin d’amour propre ou de vous défouler. Cet humain qui a perdu son humanité. Vous ne voulez pas savoir qui je suis. Vous ne voulez pas savoir d’où je viens. Ce qui vous intéresse c’est de vous soulager longuement en moi. De vous jouer de moi. Pour certain, de me briser. Du moins, s’il reste quelque chose à réduire en miettes. Dans tous les cas, vous faites votre besogne, vous me donnez de l’argent qui ne sera jamais mien puis vous disparaissez de ma vie. C’est probablement aussi bien ainsi. Il n’y a surement aucun avenir pour moi. Il n’y en a peut-être même jamais eux. Pourtant, je continue d’essayer de m’en créer un. De troquer un enfer contre un autre. Ma descente vers celui-ci à commencer il y a sept ans de cela… C'est à la fois si loin et si proche.

Septembre 2017
Tard le soir, alors que je me suis endormi sur le canapé, une conversation entre ma mère et mon frère a lieu dans notre modeste cuisine; adjacente. Le genre qu’ils attendaient toujours que je ne sois pas présent ou conscient de leur échange pour l’avoir. Disons, en résumé, que les choses n’allaient pas très bien pour notre famille et ils ne voulaient pas que je le sache. Du haut de mes 13 ans, cela ne me concernait pas et j’en avais déjà bien assez à gérer avec la mort de notre père. Trois mois. C’est le temps qui s’était écoulé depuis qu’il nous avait quittés pour toujours. Avec son départ, je m’étais beaucoup renfermé sur moi-même et à l’école je restais constamment dans mon coin. Je n’avais plus d’intérêt pour mes ami(e)s. Au vu de mon état, le choix de mes aînés de ne pas m’impliquer, d’aucune façon, dans nos soucis financiers ou me laisser le savoir était certes le plus logique.

En ce début de nuit, leur altercation fut plus brusque que les autres qu’ils eurent dans mon dos ou mon sommeil fut plus léger. Je ne sais pas. Toujours est-il que je me réveillai en entendant le nom de mon grand frère prononcé avec hargne. J’étais somnolent, mais je percevais clairement ce qui se disait dans la pièce voisine. Je les écoutais alors que je frottais mes yeux pour tenter de voir plus clair devant moi.

- Iwao! Comment peux-tu oser dire ou même penser une telle chose ? On ne va certainement pas leur céder ton frère.

- Nous n’en avons plus le choix! Les dragons font de plus en plus pression. On n’a clairement pas les moyens de rembourser notre dette ou les intérêts. Tu préfères que l’on coule tous les trois? En…

- Non! Je ne veux pas en entendre davantage. C’est non. Ils n’auront pas Zetsu. Tu ne sembles pas réaliser la vie qui l’attend si l’on fait cela.

- Et la nôtre de vie alors?!

- C’est de ta faute si nous en sommes là. Tu envisages une telle solution, mais pas d’être à sa place. Même en étant ta mère, je ne t’ai jamais su avec si peu de coeur. Ce n’est clairement pas de « notre vie » dont tu parles, mais de la tienne.

Je me levai, inquiété par cette chicane et cette histoire de dragon. Je m’imaginais déjà l’une de ces bêtes écailleuses débarquées dans notre maison pour nous dévorer. Je ne comprenais pas. Ils n’étaient pas réels pourtant. Moi qui ne croyais pas en ces histoires je me voyais confronté à une. Qu’est-ce qui était vérité dans ce cas? J’étais confus. Je m’avançai en direction de la cuisine; jusqu’à sa limite. Je voulais désormais savoir ce qui se passait. Ils ne m’avaient pas tenu au parfum de tout les ennuis, mais au quotidien j’avais bien senti les tensions qu’ils y avaient, l’épicerie qui devenait de plus en plus mince, le nombre d’heures grandissantes que ma mère passait à notre magasin de thé pour tenter de la rentabiliser, etc.

- On n’a pas faite d’offrandes aux dragons et maintenant ils veulent nous emporter dans leur palais aquatique? Je n’ai pas envie d’y aller moi. Je ne sais pas nager.

Cela doit sembler enfantin pour mon âge, mais j’avais encore un imaginaire débordant et je connaissais que très peu les côtés sombres de la vie. Que pouvait penser d’autre un jeune qui ne savait pas l’existence des gangs de New York? Sans avoir réponse à mon questionnement, ma mère s’empressa de venir prendre ma main et m’obligea à la suivre jusque dans ma chambre. Elle se mit à me gronder. Je le perçus ainsi à l’époque, mais désormais je comprends qu’elle m’avait brusquée, car elle était soucieuse de mon avenir et de ce que pouvait faire Iwao.

- Que fais-tu debout ? Tu devrais être couché. Aller va dans ton lit.

- Mais…

- Tu dois dormir ou sinon tu seras fatigué pour l’école.

Je poussai un soupire et alla m’installer sous mes couvertures avant d’enlacer ma peluche à l’effigie d’un renard blanc avec des marques rouges en forme de vague. Un gardien de temple Inari. Un souvenir d’un voyage que l’on avait fait au Japon du temps que mon père était parmi nous. Cela avait été une expédition pour dénicher des producteurs de thé local de grande qualité avec qui l’on pouvait signer un contrat d’affaires. À travers cela, mes parents avaient trouvés le temps nécessaire pour nous faire visiter leur pays natal que mon frère et moi n’avions jamais connu; contrairement à eux. Autant dire que je tenais énormément à ce jouet qui me rassurait et me réconfortait. Je lui fis un bisou puis lorsque j’eus terminé de m’installer Sawako, ma mère, me borda. Avant qu’elle me quitte, elle me fredonna cette berceuse que mes parents me chantaient depuis que j’étais bébé.


Cet air avait le mérite de m'apaiser rapidement et de me réconforter. J'éprouvais beaucoup d'attachement envers cette chanson. Comme si elle était un lien avec ma génitrice. Un contact que je pouvais garder avec elle, peu importe la distance nous séparant. Je lui demandais régulièrement de la faire une seconde fois. Ce que je fis et elle m'en gratifia. Lorsque ce fut complété, elle embrassa mon front et quitta ma chambre avant de fermer la porte. Je présume qu’elle retourna en cuisine puisque j’entendis des marmonnements entre elle et mon frère; rien de compréhensible. Épuisé, je m’endormis. J’allais essayer de comprendre demain ce qui en était de cette histoire de dragon.

En mâtiner, comme souvent, ma mère était absente. Iwako avait rejoint la boutique, continuant d’y faire de nombreuses heures, puisqu’elle était catégorique quant au fait de ne pas rembourser la dette engendré par son aîné en vendant la chair de sa chair. C’était dans une ambiance très calme que j’allais en cuisine pour déjeuner avec ma peluche. Une assiette de poisson et de riz m’y attendait. Elle avait été préparée comme à l’habituel par Iwao. Je m’assis à table puis je le remerciai sans crainte de le déranger dans sa lecture du journal. Étrangement, il me resta silencieux. Pourtant, il n’était pas du genre taciturne. À sa réaction, je le devins moi aussi en me disant que maman l’avait grondé. Qu’il en était de mauvaise humeur ! Je restai sans mot, du moins, le temps d’une boucher.

- À l’école aujourd’hui on…

- Tu ne vas pas y aller.

- Ha bon? Mais ce n’est pas congé et maman hier à…

- Peu importe. Tu ne vas pas y aller, finalement. J’en ai parlé avec elle et on a décidé de te marier aux dragons.

Je cessai de manger puis je fronçai mes sourcils par incompréhension. Sawako avait bien dit qu’elle voulait qu’aucun d’entre nous ne termine avec eux. Elle qui était du genre têtu, je ne voyais pas ce qui aurait changé sa position. Je me demandai si mon grand frère me mentait, mais celui-ci poursuivit. Cela me fit oublier ce questionnement tellement je fus confus.

- Tu n’as pas à t’en faire. Tu vas continuer de nous voir et ce sera très agréable. Tu pourras visiter le palais du grand dragon sous l’océan et rencontrer ses habitants.

- Je n’en ai pas envie. Je veux rester avec maman et toi.

- On ne peut pas refuser la demande d’une divinité non? Alors tu vas y aller au moins pour deux ou trois jours et ensuite tu pourras choisir si tu veux y rester.

- Mais…

- Tu devrais finir de manger. Dans vingt minutes des humains, messagers, vont passer de sa part pour te récupérer. Ils vont faire le voyage avec toi. Tu peux apporter ta peluche si tu le souhaites.

Que pouvais-je dire à cela? La décision était prise depuis belle lurette et je n’étais qu’un enfant. Si j’avais voulu résister, en ayant compris ce qui m’attendait, cela aurait été futile par rapport aux forces que j’allais affronter seul. Les membres de ce clan et moi ne faisions pas du tout partie du même gabarit. Je me serais battu avec un enfant à mon école et je ne suis même pas certain que j’aurais gagné. Alors contre une organisation de cette ampleur…

- Je dois faire ma valise alors.

- Contente-toi de manger. Je me suis déjà occupé de cela à la place de ton sac d’école et ton professeur a été averti de ton absence. Les dragons l’ont contacté.

Je recommençai à manger mon plat, suivant son conseil, sans grand appétit. Je réalisai alors que dans la période de temps mentionné avant leur arrivée je n’aurais jamais la chance de voir ma mère.

- Et maman? Je veux la voir avant de partir.

- Elle est déjà au bateau. Elle t’y attend pour te dire d’être sage et pour t’embrasser avant que tu nous quittes.

- Elle n’est pas à la boutique?

- Non. Elle va y aller ensuite.

Les évènements s’enfilaient si rapidement que je n’avais pas le temps de réagir. Si vite que, à peine mon poisson terminé, je ne me sentais pas très bien. J’étais nauséeux et étourdi. Je pris appui contre la table par peur de tomber. Je me sentais lourd d’un coup; ne réalisant que maintenant cette sensation qui s’était progressivement insinuée de mes extrémités vers mon tronc. J’étais pour le signifier à Iwao lorsque je perdis connaissance. Ce déjeuner des plus étranges est le dernier souvenir que j’ai d’un membre de ma dite famille et de cet appartement où j’avais passé ma prime jeunesse. Un mémento peu glorieux à me laisser.

Quelques heures plus tard, je me réveillai dans une pièce verrouillée. Une chambre complètement dénudée de meuble hormis le lit sur lequel j’étais. Le lieu ne me paraissait pas insalubre, mais il n’était pas propre pour autant. Dans tous les cas, j’étais encore trop assommé pour comprendre ce qui m’arrivait. Il n’allait cependant me falloir que quelques heures, le temps de me remettre de la drogue qu'on m'avait administrée, pour saisir que cette histoire de dragon n’avait rien de réel depuis le début. Les seuls vrais bêtes ici étaient mes nouveaux propriétaires qui portaient tous un tatouage de ce lézard mythique. Mon rôle… Il n’y avait rien à en dire. En toute illégalité, je venais de rejoindre les rangs de ces enfants qui, par le concours d’évènements tragiques, deviennent des jouets entre les mains d’hommes et de femmes avec peu de scrupule du moment qu’ils comblent leur pulsion. Mon seul réconfort. À mes côtés, ma peluche de renard.

Juin 2018
Les premiers temps furent les plus difficiles pour moi. Ce n’est jamais simple quand on t’arrache aussi brutalement de ce qui devait rester ton univers pour te plonger dans un autre. Particulièrement quand tu n’es qu’un enfant… Je protestais, je me débattais et, je l’espère, je leur menai la vie dure. Cependant, ce tempérament revêche ne resta guère longtemps. Malgré mon âge, je compris rapidement que j’avais le choix d’aller à leur encontre, aussi futile que cela fût, et de récolter de puissantes claques sonores et une privation de repas ou de leur plaire et d'obtenir un brin de liberté. De semaine en semaine, j’oscillais entre les deux. Je ne parvenais pas à me décider de ce qui était le pire. Comment pouvais-je m’abandonner à l’idée de faire tout ce qu’ils attendaient de moi alors que j’avais encore en tête de rejoindre ma mère et de me sauver des griffes qui me retenaient? Pour ce qui était de mon frère, je ne savais quoi penser de lui. Je mâchonnai cette idée d’évasion pendant plusieurs mois; pratiquement un an à dire vrai. Chaque fois que je me tentais, j’allais à peine quelques portes passé la pièce qui me servait de prison avant qu’on m’attrape en pleine course. Vint le jour où je décidai d’abandonner. Comme on me l’avait si souvent répété, ce gang était ma nouvelle « famille » et mon ancienne n’était plus. Une brulure discrète à l'arrière de ma nuque, apposé au fer rouge sur chacune de leur propriété, me le rappelait chaque fois que je voyais ce dragon dans un miroir ou qu'on m'en parlait; quand mes cheveux ne la camouflaient pas. C’était plus facile, moins douloureux et plus agréable en un sens. J’avais pris comme choix que je préférais nettement attirer l’envie vers moi que leur hargne. Laisser ces mains se promener sur mon corps, malgré que j’en étais dégouté, plutôt que de recevoir le revers puissant de celles-ci. J’étais une chose que les dragons voulaient docile envers eux, mais énergique avec leur client. Faire ressentir aux payeurs une impression de toute puissance comme on me le disait. Je me mis à suivre leur conseil, qui en fait était davantage des ordres, et progressivement je gagnai une légère confiance de leur part. Au point que, un jour, un de leur homme m’accompagna à un hôtel luxueux. Sans le savoir, j’avais passé un cap dans leur estime qui, par l’appât du gain, leur donna envie de me placer entre les mains de gens plus nantis. De personne qui ne voulait rien savoir de ce trou qu’était ma cellule depuis le début. Ce jour-là, on me laissa me laver avant d’y aller et l’on me donna un ensemble de vêtements d’une telle qualité que même chez moi, au temps que notre commerce allait bien, je n’aurais jamais pu rêver de l’avoir. L’habit avait été sélectionné au goût du client que j’allais voir. C’était un kimono de soie avec un motif discret. Il s’agissait de branches de cerisier sur un fond blanc dont l’extrémité du bas et des manches terminait en un dégrader vers un pourpre pratiquement noir. Étonnamment, vêtu de cette manière, je regagnai en estime envers moi. Je me souviens même d’avoir adressé un léger sourire à celui qui avait ma garde. De son côté, il me resta froid. Il se contenta de me dire qu’on devait y aller. Cela ne m’affecta pas. J’avais, depuis le temps, l’habitude de cette vision uniquement utilitaire qu’on me portait. La seule chose qui me dérangeait dans cet habillement était son allure des plus féminine… Élément pour lequel je ne donnai aucun commentaire. Je me soumettais à leur jugement sans rien revendiquer.

À l’hôtel, mon superviseur m’abandonna dans le loft en attendant l’arrivée de mon client. Il me précisa qu’il restait dans l’annexe pour les heures à venir et, avant de disparaitre de son côté, me donna le conseil de ne rien tenter de répréhensible si je ne voulais pas perdre cette seule chance qu’ils m’offraient pour me faire gagner en valeur à leurs yeux. J’avais saisi rapidement ce concept unique qui gérait ma vie entière. Plus de revenus provenant de mon être signifiaient également un meilleur traitement de ma personne pour répondre aux exigences que la classe supérieure désirait. Je hochai ma tête en guise de réponse avant de m’incliner pour le remercier. Faire ma bête docile qui veut plaire. Un animal dont venait d’agrandir sa cage si soudainement qu’il figea. C’était comme si j’avais oublié quoi faire de toutes ces choses dont j’avais été privé pendant un an. La télévision fut ce qui m’attira le plus. J’avais envie de l’allumer pour voir si elle était comme dans mes souvenirs, mais en avais-je le droit? Rien ne m’avait été signifié quant à ce que je pouvais ou non utiliser. Rester sage… Cela signifiait d’être obéissant et ne pas tenter de se sauver, mais est-ce que ça voulait également dire m’assoir et attendre en ne faisant rien? Je déposai la télécommande qui comblait le creux de ma main. Je ne voulais pas tenter cette chance. Toujours aussi nerveux, je continuai d’explorer en allant ouvrir le mini-frigo par curiosité de son contenu. Sa brise fraiche, lorsqu’il révéla son intérieur, m’amusa. J’avais oublié cette sensation si banale et quotidienne. Ça me rendait joyeux de la ressentir à nouveau. Que dire lorsque j’aperçus les barres de chocolat aux côtés des mini-bouteilles d’alcool? Ma mémoire n’avait en rien perdu de la sensation de ce goût onctueux qui fond en bouche en enrobant la langue. Cette saveur sucrée et légèrement amère bonifiée parfois de gaufrette, de riz soufflé, de… Je refermai la porte subitement. Ne pas y penser. Je ne faisais que me torturer à vouloir explorer ainsi une existence qui était à part de la mienne. J’allai vers le lit pour m’y assoir. Je repliai mes jambes vers mon corps avant de les enlacer. J’avais l’habitude de patienter sans rien faire. Je ne me perdais même pas dans mon esprit. Je ne faisais que fixer le vide jusqu’à ce qu’on me quémande.

Je ne saurais dire le temps qui s’était écoulé, mais éventuellement un homme vêtu d’un complet à cravate entra dans le loft en usant de l’entrée de l’annexe. Je relevai ma tête pour observer celui-ci. Il m’adressa un large sourire comme je n’en avais plus vu depuis que j’avais perdu ma mère. À juger par ses traits, il était d’origine chinoise. Ce détail me laissa perplexe. Était-ce mon client ou un homme des dragons? Je n’avais que rarement eu affaire à des personnes d’origine asiatique en dehors de leur gang et la question ne s’était jamais posée. Ils s’étaient simplement approprié mon corps sans plus de cérémonie. Ce qui n’était pas le cas avec celui-ci.

- Zetsu. J’avais hâte de revenir pour te voir. On va passer une agréable soirée ensemble. Tu dois avoir faim?

Mon hôte perçut probablement ma confusion puisqu’il m’aida où je n’aurais jamais pensé lui demander des précisions. Il venait, à sa manière, de me confirmer qu’il était l’homme que j’attendais. À son approche, je me levai puis je hochai ma tête lorsqu’il fut question de repas. J’avais toujours une certaine faim. Même si j’étais nourri, c’était régulier que la portion ne fût pas suffisante pour me combler ou peu agréable au goût pour au moins me satisfaire. Par moment, quand j’avais la chance de côtoyer des dragons dans une de leur salle commune, je parvenais à mendier des petites portions de leur reste. Vous vous doutez que ce n’était pas gratuit et bien sûr le prix variait en fonction de leurs humeurs et du concerné. Ceux aux moeurs plus frivoles pouvaient m’exiger un service tandis que d’autres voulaient que je leur fiche la paix. Que je dégage de leur champ de vision.

- Qu’est-ce qui te ferait plaisir?

Il me fit signe de la suivre jusqu’à une table où il déposa quelques menus de restaurant; récupéré dans un tiroir d’une commode. Bien que trouvant sa proposition particulière, il perdait du temps de jeu en sommes, j’allai vers lui et m’assit sur ses jambes avant de caler mon dos contre son torse. Il me parut apprécié au vu du sourire qu’il m’adressa avant de m’enlacer et déposer sur le dessus de ma tête un baiser étrangement paternel. Il détonnait des patrons que je connaissais.

- Je peux vraiment choisir?

- Oui, bien sûr. Dis-moi simplement ce que tu veux. Celui-ci je l’aime beaucoup pour leur canard à l’orange.

- Je… Je ne sais. Il y a trop de choix.

- Prends ton temps.

Il passa sa main dans mes longs cheveux avant de les détacher tandis que je continuais de regarder les possibilités qui s’offraient à moi. J’avais suffisamment l’eau à la bouche pour ne pas me soucier de ce qu’il faisait à ma chevelure. Sans mentionner ce semblant de conversation que nous avions. Je ne pouvais dire à quand remontait la dernière que j’avais eue. Les dragons ne se souciaient pas du fait que je puisse m’ennuyer.

- J’aimerais le Ma Po Tofu. S’il vous plait.

- S’il te plait papa?

Étonné par son exigence, je retournai vivement ma tête pour le regarder. Ne saisissant toujours pas ce qu’il attendait de moi, je fronçai mes sourcils. Comme précédemment, il vint répondre à mon interrogation.

- Pour le temps à venir, tu seras comme mon fils et je serais comme ton père.

À la fin de sa phrase, il m’adressa un sourire radieux auquel je ne pus que répliquer par un autre qui fut tout discret. Cela me faisait du bien de recevoir cette affection aussi fictive qu’elle pouvait être. Je pouvais sentir une flamme se raviver en moi et me réchauffer de l’intérieur. J’entrai dans son jeu par envie de la nourrir que par soucie de plaire à mes propriétaires. C’était la première fois qu’une rencontre forcée me faisait cet effet.

-  J’aimerais beaucoup avoir le Ma Po Tofu, papa!

- Je vais nous commander cela alors.

Il m’invita à descendre de ses jambes, ce que je fis, puis il se leva pour téléphoner au commerce qui proposait ce plat. Sans mots, il me remit la télécommande du téléviseur entre mes mains. J’allumai l’appareil avec excitation. J’avais hâte de voir si les émissions que j’écoutais passaient encore à la télé. Pour m’installer, je sautai sur le lit à ma disposition et choisi rapidement mon poste préféré. Yokai Watch jouait! J’étais déjà comblé. Je n’avais pas besoin de demander quoi que ce soit de plus. Oui, rien. Hormis, que ce rêve sache perdurer.


L’appel complété, mon client revint vers moi. Il me présenta une des barres de chocolat du mini-frigo avant d’observer ce que j’écoutais. Il se mit à rire puis il me dit qu’il trouvait cette série très amusante et qu’il appréciait tout particulièrement corniaud. Pour une troisième fois, il me prenait de court. Tant par la friandise qu’il me proposait que par sa réponse.

- Je ne devrais pas avant le repas. Je pourrais la prendre pour dessert.

- Hum. C’est vrai. Tu es plus sage que moi. Je vais te la déposer sur la table.

- Est-ce que tu vas écouter l’épisode avec moi? C’est un de ceux où Komasan est amoureux!

- Je ne vais pas pouvoir. Je dois écrire quelques messages électroniques avant le repas. Par contre, ne te prive pas. N’oublie pas qu’il commence déjà à se faire tard. Alors après avoir mangé, on se lavera puis on ira dormir. Tu as école demain.

Un long frisson parcourut mon corps tout entier quand il mentionna que j'avais des cours. Je savais que cette phrase faisait partie du jeu de l’homme, mais… J’avais simplement envie de m’abandonner dans toute cette histoire. Ne pas lutter en me disant que ce n’est qu’une douce illusion. Ce que je me permis. On venait de me redonner le droit de rêver et j’allais le prendre. Pouvait-on vraiment m’en blâmer ou me blesser davantage? À cette époque, je pensais que non. J’allais réaliser cette erreur fatale bien des années plus tard avec une fin drastique. Croyez-moi. Il était possible de m’arracher d’autres morceaux de ma personne. Vous verrez.

- Je dois être en forme. En plus, j’ai mon éducation physique. On va jouer au basket-ball. Je ne suis pas très doué pour cette matière… C’est rare qu’on me fasse une passe alors je me retrouve à courir dans le vide sur le terrain.

- Non. Ne dis pas cela. Au contraire, je suis certain que tu as beaucoup d’endurance.

- Hum… C’est vrai que je cours pas mal à cause de ça.

Je me mis à rire, retrouvant mon moral. J’avais oublié ce sentiment réconfort que c’était d’être écouté et épaulé. L’homme caressa doucement ma joue en constatant mon sourire puis, comme précisé, il s’éloigna vers son ordinateur portable posé sur la table. Il semblerait qu’il me laissait combler le temps à venir à ma guise. Très discrètement, je me levai sans faire de bruit, pour éviter de le déranger, et j’allai vers la porte menant à l’annexe. J’étais curieux de savoir si mon tuteur était véritablement resté à attendre. Je portai un coup d’oeil rapide sur mon client puis, le voyant concentrer, j’entrouvris cette barrière. Aux yeux perçants du dragon qui se porta sur moi, de par le mouvement, je refermais aussitôt la porte avant de m’enfuir vers le lit. J’allais écouter mon émission. Oui, voilà. S’il venait voir comment ça allait? J’avais peut-être réveillé la bête qui dort… J’observai le dos du payeur puis je décidai de le rejoindre pour me rassurer. Je ne le connaissais peut-être pas, mais il était justement la seule attache que j’avais pu avoir en douze mois. Je dis la première chose qui me passa par la tête pour avoir son attention.

- Papa, j’ai faim… Est-ce que le repas arrive bientôt?

- Ça devrait. Laisse-moi terminer Zetsu.

Étant dans son dos, je m’étirai alors pour observer à l’écran ce qu’il tapait. J’eus à peine le temps d’apercevoir quelques mots me laissant à comprendre qu’il ne pouvait pas montrer patte blanche, qu’il referma son ordinateur. Il m’adressa un regard réprobateur. Il m’avait vu. J’en étais persuadé. Par réflexe, je fermai mes yeux avant de détourner ma tête. Mes épaules devinrent tendues alors que je les ramenais vers moi. Je m’attendais à recevoir un bon coup du revers de sa main, comme ça aurait normalement été le cas, mais… rien ne vint.

- Les choses des grandes personnes ne te concernent pas. Je n’ai pas envie de me répéter. Tu l’as bien compris?

En entendant sa voix, je devins moins crispé; ce qui m’incita à relever mon regard vers lui. D’un mouvement de tête, je lui confirmai que oui. Bien qu’il ne fût pas violent, il me faisait peur. Bien plus que les dragons que je côtoyais, car je savais à quoi m’attendre de leurs parts ainsi que la manière dont je devais agir. Cependant, lui me semblait garder cachée une bête noire en son sein. Une vision qui disparut rapidement quand on cogna à la porte d’entrée. Le livreur venait d’arriver et mon client avait repris sa façade. Avec le reste de la soirée, j’en oubliai cet incident pour mon plus grand malheur; plus tard dans l’histoire de ma vie.

- Assit toi. Je vais le payer et on pourra manger.

Je m’exécutai. La seule idée de me régaler de ce plat de tofu aux épices sichuanaises me suffisait pour cela. Docilement installé sur ma chaise, je trépignais de joie. L’odeur se portait aisément du couloir de l’hôtel jusqu’à mes narines, lorsque la porte fut ouverte. Hors de mon contrôle, mon estomac se mit à gargouiller. Je n’eus pas besoin d’attendre longtemps puisque le montant exact fut donné en liquide au livreur; qui quitta une fois son dû en poche. L’homme revint avec notre commande et me servit ma portion du plat. Je remerciai celui-ci puis je lui adressai un magnifique sourire. Le reste de notre soirée se poursuivit dans cette ambiance idyllique. Jamais il ne laissa percevoir qu’il fût intéressé par moi physiquement d’une quelconque façon que ce fut. Même lorsqu’on prit notre bain ensemble, il ne fit rien de déplacé. Tout comme cela resta le cas au moment de se coucher. Dans ce cocon où rien ne semblait pouvoir m’atteindre et dans lequel mon besoin de reconnaissance était nourri, je m’endormis rapidement. Morphée semblait être venu me border en personne. En mon for intérieur, je me disais que je n'allais probablement pas le revoir, mais je pris l’initiative de le nommer par le nom de ce dieu, à défaut de savoir le sien. Ainsi, je pourrais l’appeler quand il habiterait mes songes.

Je ne sais pas combien de temps nous restions endormis côte à côte, mais éventuellement on me tira avec violence de ma torpeur. On avait saisi mon poignet gauche pour me forcer vers le bord du lit. Affolé par cette agression soudaine, je me débattit, mais m’arrêta aussitôt en entendant la voix du dragon qui m'avait accompagné sur cet îlot d’Eden.

- Allez. T’as assez roupillé on rentre.

Mon épaule m’élançait et me brûlait à cause de la tension qui avait été appliquée. En ignorant difficilement ce criant message de douleur, je me levai aussi vite que je pus pour éviter d’énerver mon détracteur.

- Il est parti?

- Bien sûr qu’il est parti. Tu penses quoi? Qu’il allait t’adopter?

- Heu… Non.

Le mine bas, je restai silencieux jusqu’au véhicule qui me ramena dans ma cellule. Je ne prononçai pas un mot, non plus, pendant ce trajet. Une fois arrivé en mâtiner, on me laissa mon moment de répit que j’utilisai pour somnoler tout en pensant à Morphée. Je me mis à cajoler ma peluche de renard et à fredonner la berceuse de ma mère.

- Papa…


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Histoire (Partie 2)

Octobre 2021
Je passai le portique de l’immeuble où ma chambre était. Le courant d’air chaud qui m’accueillit à mon entrée me soulagea. Un froid de canard commençait déjà à s’installer dans les rues de Brooklyn. En même temps… Ce n’était probablement pas si frisquet que cela, mais j’avais perdu l’habitude des intempéries qui peuvent tomber sur notre gueule sans prévenir. À force d’être cloîtré dans ma pièce chez les dragons, j’étais devenu une petite nature à ce sujet. Huang, le premier client fortuné que j’avais eu, était le seul à me faire vivre des expériences plus conventionnelles sur son temps payé et le seul avec qui je sortais. Malgré mes libertés, je restais majoritairement dans cet immeuble où j'avais grandi et ne quittais que rarement pour profiter de l'extérieur. Ça faisait quoi… Trois ans, maintenant. Oui, voilà. À quelques mois près, notre relation remontait à aussi longtemps que cela. C’était bien la première fois que ma vie ne me paraissait pas une éternité quand je repensais à ces moments. La majeure partie, de ce qui aurait dû être mes plus belles années, s’était passée à servir de défouloir et de déversoir. Il était préférable que je ne m’arrête jamais à ce songe. Si j’avais à m’imaginer mon passé, je préférais nettement me préoccuper du temps libre qu’il m’était désormais accordé, sans pour autant pouvoir quitter le quartier, et des moments que je passais avec Huang. Vous vous doutez bien que ce n’est pas resté platonique entre nous deux. Pour être franc, depuis que j’avais tapé dans mes seize ans, il passait de plus en plus de soirées et de matinées avec moi. Une fois sur deux, le tout n’avait lieu que sous la couette.

Je descendis l’escalier et alors que j’étais pour entrer dans mon appartement, une conversation entre deux dragons me titilla les oreilles. Je m’arrêtai alors dans mon geste pour les écouter; ma main resta figée sur la poignée de porte. C’était le surnom employé qui m’avait intrigué avant tout. Je ne savais pas du tout qu’ils parlaient de Huang, mais je n’en étais pas pour autant moins curieux. Sans mentionner cette deuxième personne concernée par leur échange. Au vu du nom, il s’agissait d’une prostituée ou d’un prostitué… Pour ce type d’emploi, les noms ayant un genre ne pouvaient pas toujours faire office de différenciation. Malgré les connaissances que j’avais des travailleurs du sexe de leur organisation, je ne pus deviner de qui il était question.

- Le dévoreur de rêve?

- Ouais, celui-là. Apparemment, il souhaiterait avoir une exclusivité sur Belladone et payer un droit d’acquisition sur une période de deux ans.

- Ça ne m’étonne pas vu l’intérêt qu’il lui porte depuis ses débuts. Les pa…

Il s’arrêta sec, en voyant bien que je restais planté là. Leur regard fixé sur moi, je pris la décision de rentrer dans le logement pour rejoindre le lit qui était mien. Je savais que je n’avais pas à m’occuper ainsi de leur affaire, mais avec cette attention suspecte qu’on me portait depuis deux jours… Je sentais que quelque chose se tramait et je voulais savoir ce qui en était. D’autant plus que visiblement cela me concernait. Étalé sur mon matelas discutable en termes de confort, les ressorts martyrisant mon dos, je poussai un long soupir. J’étais à peine un ado pour les conventions sociales et ma vie me paraissait bien longue déjà. En m’offrant une espérance à quarante ans… Ça me paraissait déjà trop. Enfin… Passé la trentaine, je n’allais pas faire long feu dans le domaine. J’avais pensé à plusieurs reprises me rendre au poste de police pour avoir leur aide, mais je n’avais aucune confiance en eux. Une taupe allait bien trouver moyen de me transmettre une leçon à la dure avant de me ramener à mes maîtres.

Je fis glisser ma main sous mon haut pour venir récupérer, dans une poche intérieure, une seringue remplie avec une dose d’héroïne. Ne me demandez pas comment j’avais pu l’avoir. C’est futile de le faire quand on réalisa à quel point c’est fort simple à obtenir en le volant au bon profil de client. En fait, je ne sais pas vraiment si les deux mecs postés à l’extérieur m’auraient laissé faire s’ils savaient. Quoique c’était possiblement le cas. Je ne m’y étais jamais arrêté. Ce que je désirais s’était testé de nouvelles drogues depuis que je l’avais expérimenté avec un de mes réguliers qui est toxicomane. La meilleure âme qui a passé sur mon corps. Une dose d’amphétamines dans mes veines... Voilà que j’avais été partie pour le septième ciel. Fuck que ça avait été bon. Je n’avais jamais réalisé avant que le sexe pouvait l’être. Si cette drogue en particulier pouvait faire cela alors qu’en était-il des autres? Plus précisément de celle que j’avais entre les mains; pour l’heure actuelle.

Sans cérémonie, je retirai complètement mon haut suivi de ma ceinture que j’allais utiliser pour faire le garrot. Je glissai la bande de tissu autour de mon bras puis je la passai dans la boucle avant de serrer. Je maintins la tension en place, en utilisant ma mâchoire comme troisième main. Aiguille vers le haut, il ne me restait qu’à secouer doucement pour faire remonter de possibles bulles d’air et appuyer très lentement sur le piston jusqu’à voir une goutte du liquide rechercher. Un sourire se dessina rapidement sur mes lèvres. J’avais hâte d’y goûter pour la première fois et découvrir les sensations qu’elle m’apporterait. Hum… Ce doux frisson d’excitation par anticipation parcourut mon dos. J’étais dans mon temps libre. Qu’on ne vienne pas me faire chier sur ce que j’en faisais.

L’aiguille perça la faible barrière de ma peau et s’insinua sous celle-ci jusqu’à pénétrer les défenses d’une des veines contenant mon sang. Une légère douleur qui serait suivie d’un désir coupable. Une extase; serait un mot plus approprié. La pression ressentie par ce que je forçais dans mon être ne me fit pas grimacer. Il en fut tout autre lorsque le « flash » se produisit. D’un coup, sans prévenir, mon corps me paraissait bouillant et irradier de cette chaleur. Moi qui m’étais plaint du froid… L’inverse ne m’était pas plus agréable. Une fois la mixture en mon sein, je retirai le bout de métal de mon bras. J’abandonnai la seringue entre le faible espace situé à côté de mon matelas et la table de nuit me servant de commode. J’allais m’occuper de la ramasser plus tard. Vu l’état des personnes, ayant le même métier que moi, avec qui je partageais l’appartement, ils n’allaient pas me faire un grief. Une étant d’ailleurs plus junkie que je n’aurais jamais pu le devenir. Cependant, celle-ci l’était par son cheminement dans la vie. Elle était en quelque sorte prisonnière de nos vendeurs, mais pas comme je l’étais. Contrairement à elle, je n’avais plus d’existence juridique. Je vous confirme qu’un mort peut mourir une seconde fois.

J’avais été initié sur du fort et j’étais resté dans cette lignée. Quatrièmes doses en deux mois. Que des substances différentes ou dérivées entre elles. Je n’étais pas intéressé par une double expérience. C’était la nouveauté que je recherchais et de la dopamine. De l’inédit dans ma routine perpétuelle. Un vent de fraicheur. Une illusion me guidant. Dans ce cas, revivre un état proche de l’enfance où l’imaginaire et le manque de souci dominent. Ne plus être dans mon corps et si possible ne plus être dans mon esprit également. L’évasion la plus complète où cela était impensable par d’autres moyens. Un clou de plus sur son cercueil de bois.

J’aurais pu rester longtemps dans ce train-train, devenant plus accro mentalement que je ne l’étais déjà, si neuf heures plus tard on n’était pas débarqué dans ma chambre après le départ d’un client. Pas le temps de m’habiller ou autres qu’on s’immisçait dans ma pseudo intimité pour me balancer des vêtements dessus et me commander d’une voix ferme à la limite de l’énervement, me sembla-t-il.

- Habille-toi. Tu pourras te laver une fois arrivé chez ton bienfaiteur.

Je fronçai mes sourcils par incompréhension. Qu’est-ce qu’on me sortait maintenant avec cette histoire de sauveur ? C’était le nouveau trip pour désigner un payeur?

- Je n’avais pas envie de m’occuper de ton cas. Grouille ton cul.

Je poussai un soupir et m’exécutai, sans qu’il me lâche du regard. Je le détestais, il me détestait, on le savait tous les deux… Point. Là où je m’évertuais à rester neutre avec la plupart, il y avait ceux que je détestais depuis le premier jour et que j’avais bien envie de leur dire de se faire enculer à leur tour… Bref. Le genre de message qu’il se ferait une joie de réaliser en me l’imposant plutôt qu’il est le rôle de la victime. Je serrai les dents.

- Sa bella donna… Qui aurait cru que tu irais aussi loin. Les supérieurs doivent être contents.

Qu’est-ce qu’il cherchait au juste ? Je ne comprenais pas où il souhaitait en venir. Je devinais par contre que j’allais quitter cet enfer sans savoir celui qui allait le précéder. Bella donna… Belladone. Hum… C’était ce dont il avait été question. Je me décidai à un acte de braverie pour obtenir quelque chose de cet homme qui était pris par ses émotions.

- Est-ce que tu serais triste de ne plus avoir autant de temps avec ma bouche?

Je lui adressai un sourire provocateur. Ce fils de pute m’avait bien ramassé avec le temps. Moi à quatre pattes, lui debout et mes lèvres… Vous voyez le portrait. C’était ce qu’il préférait. Sans retenue. Tellement que je m’en étouffais à chaque fois. Sans mentionner les phrases qu’il me servait. Je riais intérieurement. Non. En fait, j’étais même mort de rire à le voir dans cet état. Je continuai de le défier. J’en voulais plus. Je voulais alimenter ce sentiment de contrôler quelque chose. Enfin!

- Pauvre chou. Te mettre ainsi dans tous tes états. Ne t’en fais pas, tu vas me manquer aussi. Si je réussis à me souvenir de toi. Il faut dire qu’elle est loin d’être mémorable.

Le dernier son venait de passer mes lèvres lorsqu’il m’agrippa violemment par mon cou. Il me murmura à l’oreille une phrase que je me refusai de croire puis il me força sur le lit derrière moi. Me déshabilla. Profita. Est-ce que le coût était équitable pour ce que j’avais obtenu? Totalement. Je l’aurais refait mille fois que je n’aurais pas changé d’idée. Me passer dessus de cette manière, contre mon gré et mes envies, ne me faisait ni chaud ni froid. C’était ma vie.

Décembre 2021
En deux mois, j’eus tout loisir d’en apprendre davantage sur mon bienfaiteur. Je découvris que celui-ci avait déjà été marié à une riche femme, mais que leur union n’avait engendré aucune descendance avant le trépas de sa dame. Il restait très sommaire et évitait ce sujet. Je ne savais donc rien de plus sur cette histoire. Cependant, par expérience, je doutais de tous ceux qui échangeaient sur une base mensuelle avec mes anciens maîtres. Je me demandais si en réalité il n’avait pas commandé l’assassina de sa belle pour hérité de la fortune qu’il avait en ce moment. À moins qu’elle ait été ma prédécesseur et que ce mariage est servi de couverture. Au lieu de se fiancer à multiples reprises, il aurait réalisé qu’il lui était plus profitable d’avoir un prostitué inexistant… Une chose remplaçable, sans éveiller la conscience collective. La première fois que cette possibilité avait traversé mon esprit, je sentis monter en moi une bouffée d’anxiété incontrôlée. Mon esprit ne s’en détournait plus depuis des semaines. Cela m’était difficile de le faire, à cause de ce que ce dragon m’avait susurré. « C’est un homme qui aime à dévorer ses proies lentement alors tu auras toute joie de te voir dépérir à petit feu tandis que je vais profiter d’une autre belle gueule; qui te remplacera sans soucie. »

- Tu me sembles stresser Zetsu.

Installé derrière le comptoir client, je sursautai avant de me retourner pour faire face à Huang. Tirailler, je ne parvenais plus à être totalement à l’aise chez lui et encore moins en sa présence. Je soupirai puis je fixai le sol pour éviter de croiser son regard. Sans le voir, je ressentais qu’il était insistant et qu’il m’analysait.

- Qu’est-ce que tu as depuis deux semaines?

Il s’approcha de moi et caressa mes longs cheveux; laisser lousse. Rapidement, sa main glissa vers ma nuque où il fit jouer ses doigts sur ma brûlure pour ressentir les traits de la bête qui marquait ma peau. Je craignais qu’à tout moment sa prise se resserre sur mon cou pour m’étrangler. Mes muscles s’en crispèrent et mon coeur s’accéléra.

- Tu es tendu chaque fois que je te touche brièvement. Tu n’étais pas comme cela. Qu’est-ce que les dragons t’ont fait avant de te conduire à moi?

Je restai silencieux par crainte qu’il me confirme ce qui m’avait été révélé. Probablement qu’il comprit que je n’allais pas parler, car celui-ci prit mon pouls avant de me relâcher. Je le regardai alors aller vers un meuble composé d’un nombre incalculable de tiroirs. C’était dans ceux-ci que Huang conservait toutes les plantes et parties animales (légales) qu’il possédait dans le cadre de son métier. La variété était impressionnante. Par contre, la fluidité dont l’herboriste faisait preuve pour retrouver ce qu’il souhaitait l’était encore plus. Sans le moindre souci, il me composa un mélange qu’il fit infusé sous mes yeux. Il me revint avec une tasse chaude dont une odeur particulière se dégageait. Une senteur que j’étais loin d’apprécier par son côté acre et… fermenter.

- Ça va t’aider à te détendre.

N’ayant pas de client, il se permit de se coller à moi avant de faire pénétrer sa main gauche entre les pans de mon yukata. Je ressentais sa peau, particulièrement chaude, glisser contre celle de ma hanche. Après ce geste, il me saisit subitement pour rapprocher mon bassin du sien. Avare, il poursuivit sa course jusqu’au creux de mon dos. L’extrémité de ses doigts frôlait la naissance de mes fesses. Aussi étrange que cela puisse vous paraître, son contact m’aidait à retrouver un certain relâchement dans mes épaules. En réalité, une des choses qui me rendait le plus anxieux au quotidien c’était de ne pas connaître se qu’on attendait de moi. Ce n’était donc pas tant de ne pas savoir ce qu’il voulait de ma personne que ses expectations de moi. Pourquoi? Simplement parce que dans ce genre de condition il m’est impossible de plaire. J’étais là pour cela. C’est ce que j’étais. Un être dévoué au contentement personnel. Ce qui ne m’empêchait pas de désirer rester vivant; m’accrochant à l’idée qu’un jour je serais le chef de mon destin.

- Merci.

Il déposa un baiser sur ma joue puis un autre sur le lobe de mon oreille gauche avant d’y faire glisser un petit rappel à ma mémoire.

- Nous sommes seuls.

Je terminai ma gorgée, en grimaçant à cause du goût. Je me soumis à sa volonté.

- Merci, maître.

Progressivement, plus vite que je n’avais pu le réaliser, il m’avait ajouté des contraintes de ce genre auxquels il était préférable que je me souvienne de m’y plier si je voulais éviter d’être discipliné. Sa main continuant d’aller en direction de mes fesses, je ne m’en souciai pas, sachant ce qu’il cherchait à avoir de moi. J’engloutis une autre longue gorgée de la concoction ignoble.

- Alors?

- C’est mauvais.

- Ce n’est pas ce que je veux savoir.

Il patienta quelques minutes pour ma réponse puis il vint à couper le contact qu’il entretenait avec mon corps. Il me ramena par la même occasion mes doutes. Je me demandai s’il le savait et s’il avait fait exprès.

- Tu me déçois.

Je fus plus qu’étonné, par cette phrase qu’il me partageait pour la première fois. Contre toute attente, cela vint me prendre aux émotions. Ce sentiment de culpabilité… Je le sentis se coincer dans ma gorge et instaurer un malaise qui me fit rentrer mes épaules. Jumelé à la perte de son contact… Je m’empressai d’agripper sa manche. Il porta ses yeux bleus sur moi sans rien dire; patientant pour savoir ce que je voulais.

- Pardon. Je suis désolé, maître.

Nerveux, je relevai graduellement mon attention vers son visage pour tenter de deviner s’il acceptait mes excuses. Son expression placide fut très clair; bien que contradictoire. Il attendait plus que cela de ma part.

- Je vais vous le dire.

Je voulus revenir contre son corps pour me rassurer en ressentant contre le mien; sa chaleur se fondre en celle que je dégageais. J’avais besoin qu’il me touche, qu’il profite de moi. Je ne voulais pas qu’il me rejette alors qu’il était le seul à m’avoir démontré de l’attention. Pourtant c’est ce qu’il fit, il garda une distance entre nous en m’indiquant d’un geste de ne pas m’approcher de lui. Mon anxiété remonta en flèche. Je voulus insister en tentant de l’approcher à nouveau, mais je me retins pour éviter de le contrarier.

- Un dragon m’a dit que… Heu… Comment dire ?

Huang poussa un soupir d’impatience jumelé à une pointe d’énervement.

- Tu m’as déjà assez fait tourner en rond comme cela pour ce mâtin. Quand tu le sauras, tu viendras me voir.

Il secoua vivement son bras pour me faire lâcher prise, mais je saisis à nouveau celui-ci; refusant de le laisser s’éloigner comme cela.

- Un dévoreur de rêve. Vous offrez une idylle pour mieux détruire la personne par la suite.

- Un dragon t’a dit cela?

- Oui et non. J’ai entendu des conversations et un m’a menacé directement comme cela.

Huang secoua sa tête. Il me permit alors de revenir. Il passa son bras autour de ma taille et m’attira plus prêt pour venir embrasser mon cou.

- Tu l’as dit. Il voulait te menacer. Je ne suis pas comme cela. Tu ne vas pas aller croire l’une de ces brutes avant moi?

J’eus envie de lui signifier que non, mais je ne me voyais pas accorder complètement ma confiance tout en reniant ma « famille »; aussi cruelle soit-elle. Ne voulant pas pour autant mentir, je reste silencieux. J’étais déchiré entre les deux entités qui composaient le plus gros morceau de mon cercle social. L’un m’avait offert bien plus que le second et l’autre avaient… Hey bien… Ils avaient le mérite de m’avoir soutenu dans leur magouille. Des plus mitigé, je soupirai. J’abandonnai ce dilemme pour laisser mon esprit dérivé alors que je profitais de son étreinte. Cette accolade conjuguée à la tisane médicinale m’avait permis de faire éclater, temporairement, la bulle de nervosité qui me grugeait. Je m’en étonnai moi-même, mais… je m’étirai sur la pointe de mes orteils pour venir presser mes lèvres contre celles de Huang. Jamais avant cet instant je n’avais amorcé, par ma volonté seule sans qu’il soit question de devoir, un geste d’affection depuis que ma vie était un tel tumulte. Cet échange avec mon propriétaire me transporta d’une manière tout aussi exaltante qu’à notre première rencontre. Un bien-être incroyable m’envahissait. Une extase dans lequel je me laissai guider par mes désirs alors que mon partenaire domina les caresses de nos langues. Même en étant l’instigateur, j’avais ce réflexe inculqué qui me conduisait dans un rôle de soumission. Petit, ce n’était que quand je me présentais sous ce jour que j’avais droit à des récompenses ou à des privilèges. J’étais devenu exactement ce qu’il avait voulu faire de moi; bien que je n’aimais pas à l’admettre. Toujours sous la même vague de désir, je cherchai à embrasser Huang une seconde fois. J’avais la ferme intention de pousser plus loin lorsque la sonnette de la porte d’entrée retentit. Un client venait d’arriver. Mon rêve avait été brisé avant qu’il n’ait pu commencer. Sans force excessive ou gestes violents, mon bienfaiteur m’éloigna de sa personne avant de me donner une prescription.

- Sors les quantités nécessaires.

Je hochai ma tête en guise de confirmation. Je commençai cette tâche tandis que Huang conversait amicalement, de chose futile de la vie, avec son client. Il m’était encore difficile de m’y retrouver dans le méandre de compartiment composant le meuble massif qui stockait tout ses ingrédients. Cependant, rien ne m’empêchait d’y parvenir du moment qu’on m’en laissa le temps. Mon principal problème provenait de certains produits qui étaient des parties animales… Plusieurs me donnaient vraiment des hauts le coeur quand je devais les manipuler. Dans mon palmer des pires, il y avait les lézards et les hippocampes séchés entiers. Ce genre de truc avait le don de me ralentir encore plus que de m’y perdre dans ce dédale. Cette fois, il n’y avait rien de tout cela sur la liste alors je pus compléter rapidement le placement des éléments dans un petit sachet individuel. Avec ces sacs, j’allai en arrière-boutique pour les déposer sur le plan de travail de Huang; qui m’y rejoignit après quelques minutes. Je me poussai légèrement sur le côté pour le laisser travailler en l’observant. Du moins, je m’y tentais. Si habituellement j’étais très attentif à ses gestes, cette fois il en était tout autre. Je me glissai rapidement dans mon imaginaire pour fantasmer sur ce que j’aurais pu faire si un acheteur n’avait pas débarqué en boutique.

- Zetsu, je te parle!

Je sortis subitement de mon fantasme pour regarder celui qui en était l’acteur principal. Quand mon regard s’arrêta sur les formes de son corps, je rougis de gêne. Moi. Gêné par des actes concernant la couette… Qu’est-ce qu’il m’avait donné en fait? Je me mis à douter de ce tranquillisant que j’avais avalé. Cette réaction découlant de moi, m’était impensable.

- Oui, oui, j’écoute!

- Je n’en suis pas aussi convaincu. Va me chercher ce qui me manque.

- …

- Le pénis de tigre, Zetsu. Cela fait deux fois que je te le dis.

- Je le savais.

Je m’empressai de disparaitre vers la réserve secrète, pour ramener la chose exigée, avant qu’il n’ait le temps de commenter mon absence mentale. Une fois remis, je fus pour monter vers les appartements privés de mon propriétaire lorsqu’il m’envoya un ordre de rester sur place et de l’attendre. Je figeai sur place, comme si mes pieds venaient de s’embourber dans un marais. Je me montrai patient. Extrêmement patient. Je restai là à espérer son retour, pas si proche que cela, pendant une demi-heure. Il avait le don de faire exprès de mettre à l’épreuve ma volonté de lui obéir dans des moments où cela me tentait le moins. J’avais eu d’autres plans en tête que de jouer au poteau. À l’instant où il revenait, je poussai un long soupir par manque de détermination.

- Tu n’as pas bougé. Je suis fière de toi.

Il s’approcha de ma personne pour venir caresser ma joue et frôler mon oreille. Toujours dans ce même état d’esprit qui faisait que j’avais envie de lui, je ressentis un long frisson me traverser. Je fermai mes yeux et penchai ma tête vers sa main pour accentuer la sensation de son touché.

- Un homme va passer pour un cadeau que je te réserve. On va faire détourner les regards de cette marque sur ta nuque. Par contre, il a besoin de te voir. Alors, retourne-toi puis retire ton yukata au complet. Il est censé arriver dans quelques minutes.

- Je n’ai pas envie de me dénuder.

- Je ne t’ai pas demandé ton avis. Agis.

Je grimaçai de mécontentement avant de reculer pour coupé contact avec Huang. Je levai mes yeux au ciel par exaspération. Je le trouvais particulièrement autoritaire aujourd’hui. Ce d’une manière que je n’appréciais pas.

- Je veux passer un moment avec vous maître et non pas à me faire observer.

- Je l’ai très bien compris. J’ai peut-être besoin de lunette, mais je ne suis pas aveugle à ce point. Si tu veux une récompense, continue d’être sage. Contrairement à toi j’ai un horaire à gérer.

Ressentant qu’il n’y avait pas place à l’argumentation, je me retournai pour suivre son commandement. Le temps que je fasse cela, notre visiteur rejoignit notre duo et commença à converser avec Huang. Bien que j’en étais le sujet, visiblement je n’avais pas ma place dans cet échange. Je ne fus même pas salué. Autant dire qu’on se préoccupait autant de ma présence que de la lampe à nos côtés. Mon impatience monta d’un cran.

- C’est lui alors. Tu as pu obtenir l’autorisation ?

- Oui. Ne t’en fais pas pour cela.

Ce parfait inconnu s’approcha de moi, alors que j’étais complètement nu, et fit passer sa main sur mon dos sans que je m’y attende. Ce contact, malgré qu’il fut bref, me refroidit complètement et m’extirpa d’une manière brutale de ce cocon qui m’avait tenu à l’abri du touché d’un autre que Huang. Dès le début du frôlement, j’avais avancé de quelques centimètres pour fuir.

- Il est sensible? S’il l’est trop, ce sera problématique. Il ne devra absolument pas bouger pour éviter un faux mouvement.  

- Non. Il ne l’est pas tant cela. Il est simplement frustré.

- Hum. Comment réagit-il aux entailles?

Sans répondre, mon maître invita simplement son ami à faire comme il voulait l’entendre. Étant toujours aussi près de moi, l’homme écarta mes cheveux puis commença à inspecter la cicatrice de ma brûlure. Je grognai bruyamment sous cette nouvelle intrusion. Qui aurait pu croire que sur seulement deux mois j’allais autant perdre le désintérêt de qui s’appropriait mon corps. Déjà, je réalisais à quel point cela allait être problématique si je restais sur cette voie. J’étais avec Huang, mais pour combien de temps? La marque des dragons, que notre visiteur caressait, prouvait que j’allais les avoir pour toujours sur le dos. Je m’étais ramolli sans m’en rendre compte et je le regrettais déjà alors que rien ne m’était fait de mon point de vue.

- Il guérit bien. Il fait de belles cicatrices. Sa peau sera un magnifique canevas dans ces conditions.

Je fronçai mes sourcils en ne comprenant pas ce qui était prévu et je retournai vivement ma tête pour voir qui se dressai derrière moi. À cet instant, je l’aperçus sortir un scalpel de sa poche et le déballer. Je m’éloignai vite fait bien fait avant de me retourner. Sans avoir le temps de placer un mot, Huang prit le tour de parole.

- Replace-toi dos à Shaun et écoute ce qu’il te dit. Il ne va que tester ta peau. Ensuite, il fera un dessin papier de la scarification qu’il va te faire un autre jour. Pour que ce soit plus harmonieux, il va suivre tes courbes naturelles.

- Quoi? Non! Hors de question!

Shaun se mit à rire à ma rébellion et cela frustra profondément mon propriétaire. Ce regard noir qu’il me porta… C’était exactement cette même expression que celle que j’étais venu à oublier lors de notre rencontre. Ce détail me revenait maintenant. Il ne me faisait plus aussi peur qu’à l’époque, mais cela n’annonçait clairement rien de bon.

- Ce n’est pas toi qui disais qu’il était très bien dressé?

- Il l’est. N’est-ce pas que c’est le cas Zetsu?

Il m’adressa un signe de main que je compris parfaitement malgré qu’il m’avait donné cet ordre qu’une seule fois. Comment l’oublier… ? Je mordis ma lèvre inférieure et déglutie avant de retourner à ma position initiale dans l’espoir de rectifier le tir. Tenter ma chance de faire changer mon bourreau d’avis. Dans tous les cas, il était évident que je venais de perdre définitivement ma récompense promise.

- Heee. Au doigt et à l’oeil. J’ai toujours adoré cette méthode bien que je ne me sois jamais tenté.

- Les gestes évitent de s’éterniser sur de long discours et le message reste malgré tout.

Tandis qu’ils continuaient d’échanger ensemble, je ressentis le froid mordant de la lame se poser contre la peau de mon épaule pour m'entailler. Je restai immobile, en pigeant dans toute la détermination que j’avais, pour éviter le sort que Huang m’avait promis. Tous sauf cela… Tous sauf cela… Absolument tout…

- Son changement est étonnant. Qu’est-ce que tu lui as dit?

- Il le sait alors c’est suffisant. Tu n’as pas besoin d’en être au courant. Alors? Il te convient?

- S’il reste comme cela oui.

- Il va le rester. Tu peux faire le croquis et commencer aujourd’hui. Si tu termines tard ça ne me pose aucun problème.

- Tu ne sais pas comment tu me fais plaisir en me disant cela! Mes créations sont toujours plus belles lorsque je l’ai fait sur l’inspiration du moment.

Huang sourit à son ami.

- Il est entièrement à toi dans ce cas. Tu peux aller t’installer à l’étage dans la chambre d’ami. Je te fais entièrement confiance.

Mon maître s’approcha de moi et me murmura tout en me portant un regard meurtrier. Il était impossible que quelqu’un d’autre que moi ait pu entendre.

- Tu sais ce qui va suivre. Si tu veux alléger ton cas, montre-toi exemplaire. Tu peux également tirer un trait sur ta récompense.

Ne pouvant répliquer à cela, je baissai ma tête après avoir hoché celle-ci en silence pour lui confirmer que j’avais compris ce qui était attendu de moi. La suite des évènements se fit chacun de notre côté. Shaun m’accompagna au second pour ce « cadeau » qu’il devait me faire tandis que Huang continua de travailler. Je ressentais bien qu’il avait prévu les choses autrement, mais que j’avais causé chez lui une grande frustration en ne me montrant pas exemplaire devant ce visiteur. Ce qui aurait pu être réalisé en douceur et avec moins de souffrance se retrouva à être une véritable torture au cours de laquelle j’allais me lamenter pendant des heures. Les centaines d’incisions qui me furent portées ce soir-là ne cessaient que lorsque cela était nécessaire pour éviter que je ne perde connaissance aux suites du « peeling » de zone importante. Au moins, je pouvais me réconforter en me disant que je ne voyais pas ce qui se passait. C'est dans ces conditions que je fis la rencontre de Shaun. Je ne le savais pas encore, mais celui-ci allait revenir parfois pour des jeux instigués par Huang à mon encontre qui nécessitaient une troisième personne. Ce fut un moment décisif de ma relation avec mon maître. C’était à cet instant que je compris que j’avais bien fait de garder ma confiance envers ma famille. En cette soirée, j’avais terriblement envie de fuir vers eux… Je n'avais jamais autant souffert de toute ma vie. Je n'étais pas près d'oublier cette chanson qui joua à la radio lors des derniers instants de la coupure qui compléta cette nouvelle histoire inscrite dans ma chair.


Janvier 2022
Les jours qui suivirent l’intervention de Shaun ne furent pas forcément moins pénible. J’étais épuisé si ce n’était lessivé. Les nuits je peinais à dormir puisque je ne trouvais plus de position confortable. Pendant mes jours, mon sort n’était pas mieux. La majorité des mouvements que je pouvais faire m’était douloureux. Le seul réconfort que je trouvais était que Huang me laissait vaguer à ce que je voulais et me gratifiait d’un large espace. J’en avais besoin et il en était conscient. Au loin, je n’oubliais pas pour autant ce qui m’attendais. La bête patientais que sa chose retrouve suffisamment d’énergie pour jouer à nouveau avec elle. Cependant, cette chose en avait assez. Elle avait réalisé cette fois que ce foutu dragon à la queue non mémorable avait eu raison. Elle allait coulé. J’allais disparaitre bien plus loin que cela n’avait été le cas quand j’avais gagné mes badges d’esclave. Il fallait que je remonte cette pente et que j’esquive mon détracteur si je voulais m’en sortir. Je poussa un soupir de malaise avant de venir posé mon poignet droit contre mon front. J’avais de la difficulté avoir clair dans mes pensé avec cette punition qui pouvait tombé à n’importe quel moment. J’abaissa mon bras pour observer mes fosses cubitales. J’avais l’air d’un toxicomane, mais la vérité était ailleurs… et la solution était là! J’afficha un sourire narquois que je m’empressa de faire disparaitre. Une dernière fois. J’allais m’y soumettre à ce seul et unique moment. Le temps de me remettre sur selle et d’apprendre. Je mettrais à profit mon attrait pour les drogues en l’extensionant vers la pharmacopée traditionnelle chinoise. Il devait forcément créer les produits qu’il m’injectait en guise de punition et pour combler ses fétichismes en me torturant. En fait, c’était surtout lorsque mon propriétaire était en période de stress qu’il se trouvait toujours une raison pour m’embarquer dans ce cercle infernal et dernièrement il me paraissait vraiment à cran; pour je ne sais quelle raison.

Couché sur le ventre, je courba mon dos en gémissant tandis que je tentais de me relever. Je serrais les dents pour supporter le coup et trouvé le courage nécessaire à compléter mon mouvement. Non sans peine, je vins à quitter le matelas de la chambre d’ami pour aller discrètement vers le bureau de Huang. J’allais y trouvé ses livres récents et anciens sur le métier qu’il exerçait. Je ne pu retenir un grognement de frustration en comprenant qu’il s’agissait de recueil d’information sur les différentes plantes. Intéressant, mais ce n’était pas ce que je cherchais. Un seul retint mon attention malgré qu’il ne soit pas sur le sujet des poisons. Il était un début. Il s’agissait d’écrit expliquant des techniques de manipulation de base que j’avais vu mon maître utiliser fréquemment. Je m’arrêta dans mes recherches, quelques secondes et écouta ce qui se passait en bas. Je pouvait entendre la tonalité de sa voix, sans comprendre ce qui se disait, échanger avec deux autres personnes. J’étais bien. Je n’avais pas à être plus nerveux que nécessaires. Mon grand soulagement, fut que le recueille était largement illustré malgré qu’il était écrit en chinois. Une langue que j’avais appris a lire et à parler à force de côtoyer les dragons. Il fallait croire que pour une fois le karma était de mon côté.

J’allais commencé avec cela. J’avais devant moi au moins trois mois. Cela allait devoir suffire pour développer le théorique et le pratique en le conjuguant à mes observations de Huang. Il restait à savoir où… Le silence. Le craquement d’une planche. Il était à l’étage. Je m’empressa de refermer le bouquin puis de le remettre à sa place. Je venais de le relâcher lorsque mon bienfaiteur m’observait du cadre de porte.

Que fais-tu là Zetsu?

Je le regarda nerveusement avant de porter mon attention sur le rebord de la fenêtre.

Je suis venu chercher un morceau de l’aloès. C’est le temps de changer le plastique non?

Il m’observa quelques secondes et j’en compris qu’il patientait que j’y aille. Je me dirigea donc vers la plante en question pour en couper un morceau avec les ciseaux posé tout près. Mon excuse en main je quitta le bureau; sous l’insistance de Huang. Quand je passa à côté de lui, il saisis subitement et fermement mon poignet. Son geste me fit sursauter, mais je resta calme.

Que faisais-tu véritablement là? Tu n’y va jamais et je t’ai entendu marcher. Tu y ai resté plusieurs minutes.

Je haussa mes épaules. Je continuais de m’évertuer à ne pas paniquer.

Je suis aller chercher un morceau d’aloès, mais j’ai eu un malaise. Je venais de me lever lorsque tu ai arrivé.

Je pouvais lire dans ses yeux qu’il continuait de douter de ma réponse. Il raffermit sa prise sur mon poignet. Il y alla si fort que je pouvais sentir mes veines pulser et mes doigts s’engourdir. Inutile de dire que j’avais hâte qu’il me relâche.

Ne t’avise jamais de me mentir, Zetsu.

Jamais maître.

Sans me libérer, il m’obligea à le suivre jusqu’à la salle de bain pour s’occuper de mes soins. J’allais devoir me montrer plus prudent dans l’avenir. Y aller de nuit ou lorsqu’il serait absent. Encore aujourd’hui, je me demande ce qui l’avait porté à douter de moi si soudainement. Si cela se trouve, il été ainsi depuis nos début ensemble et je ne l’avais pas réalisé puisqu’il n’y avait pas raison à ce que je me sente nerveux avant ce moment.




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